Voyage au coeur de la machine à fausses nouvelles

Marwa Mourad Samedi 21 Avril 2018-13:47:31 Chronique et Analyse
Voyage au coeur de la machine à fausses nouvelles
Voyage au coeur de la machine à fausses nouvelles

Les fausses nouvelles rencontrent un écho bien plus large sur Internet que les vraies informations. On le pressentait, mais une vaste étude scientifique vient de le démontrer. Fausses nouvelles, intox, rumeurs: les fausses informations, largement relayées sur les réseaux sociaux, sont une arme redoutable de manipulation de l’opinion publique. Dans ce contexte, la direction de Facebook a annoncé que les photos et les vidéos seront analysées ou contre-vérifiées pour réduire les fausses nouvelles qui gangrènent le grand réseau social. Reportage…

 

Les fausses nouvelles ou histoires sont une véritable plaie pour le géant Facebook. Pour les réduire, la direction a annoncé qu'elle allait désormais contre-vérifier les photos et les vidéos publiées sur son réseau.

Le grand réseau social gère en ce moment sa pire crise depuis ses débuts. Depuis 2016, une cascade de problèmes s'est accumulée dans le merveilleux monde des médias sociaux: les faux comptes, les stratégies de vedettes pour augmenter leur base de fidèles avec de faux comptes, etc. Et, dernière en date, celle qui a fait déborder le vase, la fuite de données personnelles de 50 millions de comptes Facebook.

 

 

L'efficacité des fausses nouvelles sur les réseaux sociaux

Pour revenir aux photos et vidéos, Facebook y voit un sérieux problème quand celles-ci sont truquées. Cette analyse des fichiers multimédias démarre en France dont le réseau Facebook servira de test. Fidèle à son habitude, Facebook effectue toujours l'essai de nouvelles mesures sur un marché précis avant de l'étendre à l'ensemble des marchés ou pays du globe.

La propagation rapide des fausses nouvelles sur le «fil des nouvelles» (News Feed) de Facebook représente un défi particulièrement difficile à contrecarrer. D'abord, parce que les gens «accrochent» davantage aux fausses nouvelles -souvent concoctées avec soin par des spécialistes pour déclencher les passions et les divisions- qu'aux nouvelles légitimes ou fiables.

A cette fin, la vérification des photos et vidéos pourrait s'avérer être un outil de plus dans l'arsenal numérique de Facebook. On a vu plus tôt que privilégier la publication de nouvelles locales pour mieux contrer les fausses figures dans les plans de Facebook. Pour réduire le pistage et la collecte de données sur vous par Facebook lorsque vous naviguer sur le Web (hors de votre compte Facebook), des gens comme ceux chez Mozilla ont conçu une extension Firefox pour isoler vos données Facebook.

Malgré tout ça et avec tout ce qu'on apprend sur les réseaux sociaux, disons que leur véritable utilité commence à peser lourd.

 

Des mesures à prendre

Le réseau social Facebook a pris une série de mesures pour contrer les fausses nouvelles, supprime chaque jour des millions de faux comptes et distribue en dehors des Etats-Unis méthodes de vérification de la fiabilité, y compris des photos et des vidéos. Sur les mesures prises par la société dans le domaine de la sécurité, a récemment rapporté de hauts fonctionnaires de Facebook, dans une interview avec des journalistes. Leurs déclarations sont affichées sur le site de l’entreprise.

Facebook, engagé dans une bataille contre les fausses nouvelles, teste actuellement l’étiquette «dernière heure». Initialement mené auprès d’un petit groupe d’éditeurs aux Etats-Unis, le test est étendu à plus de 50 autres éditeurs en Amérique du Nord, en Amérique latine, en Europe et en Australie.

Ils pourront étiqueter les articles instantanés, les liens et Facebook Live comme étant des nouvelles de dernière heure. Les éditeurs ont le droit d’utiliser l’indicateur une fois par jour et peut l’étiqueter pendant 6 heures maximum. Ils disposent de 5 indicateurs supplémentaires par mois. Des informations concernant ces publications apparaîtront dans Page Insights pour suivre leurs performances.

Les utilisateurs ont aussi la possibilité d’indiquer à Facebook s’ils considèrent qu’une nouvelle n’est pas de «dernière heure».

Selon les premiers tests menés, les utilisateurs américains se sont davantage engagés avec ces publications. Le réseau a constaté une augmentation du taux de clics (4%), des J’aime (7%), des commentaires (4%) et des partages (11%).

 

Comment endiguer le pouvoir de nuisance des fausses nouvelles?

Deux stratégies sont possibles. Ce sont, d’une part, des actions visant à repérer et à signaler les fausses informations. Par exemple, il y a plusieurs moyens de détecter si une image a été falsifiée.

D’autre part, on peut miser sur l’éducation des utilisateurs de réseaux sociaux. Mais la psyché humaine est complexe, soulignent les auteurs d’un «Forum politique» publié dans Science.

La plupart des gens préfèrent traiter des informations familières qui confortent leurs opinions antérieures, ce qui ne facilite pas la tâche.

Ce groupe d’experts appelle donc à un effort de recherches interdisciplinaires, mobilisant les plateformes des réseaux sociaux. L’enjeu: créer «une culture de l’information qui valorise et encourage la vérité».

Selon une étude publiée dans le journal Science, les fausses informations ont 70% de chances de plus d’être retweetées que des faits avérés.

Avec l’aide de six organisations de fact-checking, une équipe de chercheurs a analysé la portée de partage d’informations, avérées ou non, entre 2006 et 2017. L’analyse montre notamment que les fausses nouvelles politiques se propagent plus rapidement que tous les autres types de nouvelles, comme les informations sur les catastrophes naturelles ou le terrorisme et connaissent évidemment un pic lors de campagnes électorales. 

Pour établir cette étude, les chercheurs ont eu accès aux archives complètes de Twitter, amassées par les organisations de vérification d’information comme Snopes, PolitiFact, FactCheck, Truth or Fiction, Hoax Slayer, et Urban Legends. Ils ont ensuite analysé chaque processus de partage d’une information pour remonter à sa source et observer la manière dont elle s’est répandue. En tout, The Verge explique que les chercheurs ont scruté environ 126 000 histoires tweetées par 3 millions de personnes plus de 4,5 millions de fois.

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